Épisode 2: Hilda Anderson-Pyrz - Une responsabilité sacrée : Promouvoir la sécurité et la justice | Nos voix, notre travail
Transcription de Épisode 2: Hilda Anderson-Pyrz
Text on screen :
Nos voix, notre travail
Conversations sur la communauté, les soins et les liens
Hilda Anderson-Pyrz
National Family and Survivors Circle
Todd Lyons :
Atamiskātōwin! Bonjour à tous! Je suis Todd Lyons et bienvenue à « Nos voix, notre travail : des conversations sur la communauté, les soins et les liens ». Dans chaque épisode, je discuterai avec des personnes de partout au pays pour parler de leur travail et de leur contribution à la réconciliation avec les peuples autochtones au Canada. Mon équipe et moi sommes à Ottawa et tenons à souligner que nous sommes réunis sur le territoire non cédé du peuple algonquin anishinaabeg. Mon invitée aujourd'hui est Hilda Anderson-Pyrz, présidente du National Family and Survivors Circle, qui se joint à nous depuis Winnipeg. Bienvenue, Hilda.
Text on screen :
Todd Lyons
Services aux Autochtones Canada
Hilda Anderson-Pyrz
Présidente, National Family and Survivors Circle,
Manitoba
Hilda Anderson-Pyrz :
Merci Todd de m'avoir invitée aujourd'hui.
C'est un honneur pour moi d'être ici et de pouvoir partager ma vision d'un avenir commun pour notre pays.
Todd Lyons :
Pour commencer, dites-moi, dites-moi ce que vous faites, quel est votre travail et que devrions-nous savoir sur l'organisation que vous dirigez?
Hilda Anderson-Pyrz :
Avant toute chose, je tiens à préciser que ce n'est pas seulement mon rôle et celui des membres du National Family and Survivors Circle Inc. C'est une responsabilité sacrée qui incombe à chacun d'entre nous : honorer les familles, les survivants et les femmes, les filles, les personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones, pour les générations futures. Il s'agit de contribuer à bâtir un avenir où la sécurité, la guérison et le bien-être des femmes, des filles, des personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones seront assurés. Il s'agit aussi de créer des occasions pour les familles et les survivants de violences sexistes et raciales, afin que leur voix soit entendue et qu'ils participent aux processus décisionnels, à la prise de décision, à l'équité et à l'égalité. À l'origine, nous étions un cercle de défense des droits.
En 2023, nous sommes devenus une organisation officielle à but non lucratif, et chaque membre du National Family and Survivors Circle apporte son expérience vécue, son expertise, ses propres dons et ses connaissances, pour poursuivre ce travail de manière sacrée et significative.
Todd Lyons :
Donc, cela semble être un travail très exigeant, voire éprouvant émotionnellement par moments. Vous l'avez d'ailleurs déjà évoqué. Mais qu'est-ce qui vous motive à venir travailler aujourd'hui? Quel est l'aspect le plus gratifiant de votre rôle?
Hilda Anderson-Pyrz :
Je pense que, pour moi, en tant que femme autochtone, savoir que je porte en moi l'esprit des membres de ma famille qui ont perdu des êtres chers et la voix des personnes survivantes de violences sexistes et racistes est extrêmement important. C'est aussi une responsabilité sacrée. Et le faire de manière à créer des ponts, à ouvrir des voies, à bâtir des partenariats et des relations est crucial, car pour que le changement se produise, nous devons toutes et tous nous impliquer pleinement et reconnaître notre rôle et notre responsabilité dans ce processus, surtout lorsqu'il s'agit de la mise en œuvre des 231 appels à la justice de l'Enquête nationale sur les femmes, les filles et les personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones disparues et assassinées.
Lors du lancement du rapport final de l'Enquête nationale en 2019, les commissaires ont remis un document précieux au premier ministre de l'époque, Justin Trudeau. Il s'agissait, vous savez, d'un transfert de confiance, d'une demande d'action. Et aussi d'affirmer que l'inaction n'est pas une option, en acceptant ce précieux ensemble de documents et la responsabilité qui en découle. Cet ensemble comprenait le rapport final de l'enquête nationale. Il a d'ailleurs été remis au premier ministre de l'époque, Justin Trudeau, lors d'une cérémonie. J'attends donc avec intérêt la déclaration du premier ministre Carney, qui reconnaît lui aussi la responsabilité qui lui incombe. Car lorsque nous acceptons des ensembles de documents aussi importants, nous devons veiller à leur préservation. Et la responsabilité qui en découle se traduit par l'action, car c'est ainsi que nous sommes élevés en tant que peuples autochtones. En acceptant cet ensemble, nos partenaires s'engagent également à mettre fin au génocide perpétré contre les femmes et les filles, les personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones, et à appliquer pleinement les 231 appels à la justice.
Todd Lyons :
En ce qui concerne le type de travail et de projets que vous réalisez, à quoi ressemble une semaine ou un mois type? Si une semaine ne suffit pas, comment cela se présente-t-il concrètement?
Hilda Anderson-Pyrz :
Une grande partie de notre travail consiste à bâtir des partenariats et des alliances, à éduquer et à sensibiliser le public afin de faire progresser les choses et de faire comprendre à tout le pays la responsabilité qui incombe à chacun d'entre nous de mettre fin à toutes les formes de violence fondée sur le genre et la race à l'égard des femmes, des filles, des personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones. Mais surtout, nous cherchons à créer des voies de prévention, de guérison, de bien-être, de sécurité économique, de sûreté, de dignité et de justice. Cela représente beaucoup de travail. Nous plaidons et faisons du lobbying sans relâche. Nous sensibilisons le public. Nous organisons des réunions, participons à des conférences, présentons des exposés et prenons la parole sur la scène internationale pour sensibiliser l'opinion publique. C'est donc très, très prenant, vous savez, dans le travail que nous faisons. Et j'ai l'impression que c'est un travail continu. Souvent, c'est comme un travail 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, mais je ne le vois pas comme un travail.
Comme je l'ai dit précédemment, j'ai la responsabilité et je me suis engagée à poursuivre ce travail afin que nous constations des résultats concrets. C'est la raison d'être de ce travail. Nous voulons que les femmes et les filles, les personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones en ressentent les effets positifs sur le terrain. Qu'elles soient en sécurité, qu'elles vivent sereinement. Qu'elles aient accès à des services de guérison adaptés à leur culture. Qu'elles aient accès à des soins de santé mentale et à des soins de santé en général. Tant de systèmes doivent changer. Je sais que nous allons changer certaines choses de mon vivant, mais d'autres générations viendront après moi et continueront ce travail essentiel. Et une grande partie de ce travail consiste à tisser des liens. Vous savez, je ressens cela, vous savez, dans le développement.
Le National Family and Survivors Circle a donc joué un rôle central dans l'élaboration du Plan d'action national en réponse aux 231 appels à la justice. Je crois que, dans ce processus, nous avons beaucoup œuvré à la sensibilisation du public et à l'équilibre afin de garantir l'équité et l'égalité dans la prise de décision. Car si l'on veut donner la parole à certaines personnes, il faut respecter et faire respecter leurs opinions, et s'assurer qu'elles bénéficient d'une équité dans la prise de décision et dans tous les processus auxquels elles participent. Il ne s'agit pas d'une simple invitation ponctuelle, d'une présence temporaire. La réconciliation repose avant tout sur les relations, sur le développement continu de ces relations et sur la transparence. Les relations ne doivent pas être affectées par les élections fédérales; il est essentiel de les maintenir.
L'un des principaux défis du National Family and Survivors Circle est sans doute la recherche constante de sources de financement. C'est comme si on était constamment à la recherche de financement, comme pour prouver à ce pays qu'on mérite des ressources pour notre sécurité, notre bien-être et notre guérison. En tant que femme autochtone, je trouve ça très frustrant. Souvent, je me sens impuissante, surtout quand on nous demande, avec un nouveau gouvernement, de présenter un document expliquant l'importance de notre travail. C'est vraiment difficile à entendre. Et surtout, pendant qu'on fait ce travail, des femmes, des filles, des personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones meurent autour de nous, victimes de violences alarmantes.
Alors je me demande souvent si on peut enfin placer la sécurité et le respect de nos droits inhérents et fondamentaux en tant que femmes, filles, personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones au cœur des priorités de ce pays, sans avoir à constamment se battre pour obtenir cette place, à être mises à l'écart et à devoir se battre à nouveau pour la reconquérir. C'est extrêmement difficile.
Todd Lyons :
Vous avez donc manifestement pris conscience de la réalité d'être Autochtone au Canada. Y a-t-il encore quelque chose qui vous surprend quant à notre situation actuelle?
Hilda Anderson-Pyrz :
Je crois que beaucoup de choses me surprennent, mais beaucoup d'autres ne me surprennent pas, vous savez, parce que je défends le changement depuis près de trois décennies. Et, vous savez, quand je vois du mouvement, je suis inspirée, je retrouve espoir, et je veux continuer à me battre pour les générations futures et pour les femmes, les filles, les personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones qui sont parmi nous aujourd'hui et qui ont besoin de ressentir concrètement cet effet.
Je suis donc inspirée de voir une table ronde nationale consacrée aux femmes, aux filles, aux personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones disparues et assassinées. C'est en soi un geste très fort et très significatif, qui montre que les gouvernements entendent nos voix. Ils consacrent cette table à cette cause. Et, vous savez, j'espère qu'avec ce nouveau premier ministre et son gouvernement, ils continueront de se pencher sur la crise des femmes et des filles disparues et assassinées, ainsi que sur celle des personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones, et d'honorer la mise en œuvre des 231 appels à la justice.
Ce qui me surprend souvent, c'est que, même lorsqu'on a l'impression d'avoir tissé des liens, une autre priorité surgit et on se sent souvent oublié. Pourtant, la crise des femmes et des filles disparues et assassinées, ainsi que celle des personnes bispirituelles et de diverses identités de genre autochtones, est une question de vie ou de mort dans notre pays. Et c'est souvent décourageant de devoir constamment se battre pour être entendues, pour que des engagements financiers et des ressources soient consacrés à nous permettre de vivre dignement et en sécurité dans ce pays.
Todd Lyons :
Vous avez probablement très bien intégré ce que je vais vous demander à ce que vous avez déjà dit. Mais pour celles et ceux qui cherchent à comprendre ce qu'est la réconciliation avec les Autochtones, qu'est-ce que cela signifie concrètement? Pourriez-vous résumer brièvement vos actions et vos efforts pour que cela devienne une réalité au Canada.
Hilda Anderson-Pyrz :
Eh bien, je dirais que la réconciliation, c'est chaque acte de vérité, chaque changement de politique. Chaque cercle de parole que nous organisons, c'est semer les graines de l'avenir. La réconciliation, c'est bien plus que du plaidoyer. C'est un mouvement. Un mouvement d'amour, de résilience et de responsabilité collective, car nous devons tous partager ce pays. Si nous nous épanouissons tous ensemble, c'est que nous agissons bien. Nous faisons de notre mieux et nous vivons dans le respect et la dignité des Premières Nations, des peuples autochtones.
En réalité, la réconciliation, c'est le changement et les répercussions concrètes. C'est le sentiment, en tant qu'Autochtones de ce pays, que nos droits inhérents et humains sont respectés, que nous sommes traités avec dignité et respect, et que nous avons accès à une justice équitable et à la participation économique. Et que nous menions une vie digne et sûre. Cela exigera la participation de tous, y compris moi-même, ma famille, tous les Canadiens, tous les paliers de gouvernement, bref, tous ceux qui nous entourent, pour que chacun s'implique pleinement dans ce processus.
Mais si nous aspirons véritablement à la réconciliation, nous devons aussi veiller à la mise en place de mécanismes de responsabilisation, notamment pour que les gouvernements respectent les appels à la réconciliation. Les 231 appels à la justice sous-tendent tous les instruments juridiques qui reconnaissent nos droits et exigent leur respect. Nous ne devrions pas avoir à constamment intenter des procès aux systèmes et aux gouvernements pour prouver notre valeur. C'est alors que nous verrons une véritable réconciliation, lorsque nos droits seront honorés, respectés et mis en œuvre concrètement, avec des ressources et des engagements, et que nous pourrons enfin être pleinement nous-mêmes en tant que peuples autochtones de ce pays. Vous savez, avoir accès à notre culture, à notre langue, à notre identité, et être sortis de la pauvreté, avoir un logement sûr et abordable, l'accès à l'éducation et aux débouchés économiques…
Enfin, je voulais simplement dire que nous devons bâtir un Canada plus sûr, plus juste et plus solidaire si nous voulons vraiment parvenir à la réconciliation. Merci.
Todd Lyons :
Alors, kinanaskomitin. Merci d'être avec moi aujourd'hui, Hilda. Et à tous ceux et celles qui nous écoutent aujourd'hui, kikīcinanāskomitināwāw. Je suis reconnaissant de votre présence. À la prochaine.
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Nos voix, notre travail
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Mot-symbole Canada