Transmettre les traditions métisses : l'histoire de Maxime
Maxime Morin est un Aîné métis respecté de l'Île-à-la-Crosse, dans le Nord de la Saskatchewan. Lorsqu'il raconte l'histoire de sa communauté, on sent une urgence dans sa voix, une détermination à honorer la résilience des personnes qui l'ont précédé et à faire en sorte que leur héritage perdure. Maxime parle ouvertement de son conflit intérieur entre la colère et le désir de pardonner pour guérir.
Transcription pour Transmettre les traditions métisses
[Texte à l'écran : Cette vidéo évoque des sujets qui peuvent être pénibles et raviver des souvenirs de traumatismes passés. Du soutien est offert à canada.ca/bien-etre-autochtone.]
[Musique instrumentale]
[Une vue aérienne montre le soleil qui se couche sur un paysage, projetant une lumière dorée sur la terre gelée traversée par une rivière.]
Maxime : L'Île-à-la-Crosse a été fondée en 1776.
[Maxime Morin s'adresse directement à la caméra. Il porte une chemise bleue avec un col tissé aux motifs métis.]
Maxime : Nous sommes plus anciens que le Canada et que la Saskatchewan.
[Un drapeau métis flotte au-dessus d'une petite maison. Un plan aérien dévoile le village d'Île-à-la-Crosse entouré d'eaux recouvertes de glace.]
Maxime : Une des principales raisons de sa fondation était la traite des fourrures.
[Texte à l'écran : L'école de l'Île-à-la-Crosse a été en activité des années 1860 aux années 1970. Les élèves de cette école provenaient principalement des communautés métisses du Nord de la Saskatchewan.]
[Des photos historiques en noir et blanc s'affichent : des personnes rassemblées devant une église, des enfants autochtones debout sur des marches avec des enseignants religieux, et une vue d'ensemble de l'ancien village].
[Retour à Maxime qui parle à la caméra.]
[Une ceinture métisse tissée flotte au vent.]
Maxime : J'avais 5 ans, en 1955, quand j'y suis entré, et j'y suis resté 5 ans.
[Le fils de Maxime, Josh Morin, pousse Maxime en fauteuil roulant sur un trottoir.]
Maxime : Les enfants devaient s'agenouiller sur la craie dans le coin et tenir des livres comme ça.
[Maxime ouvre les bras, paumes vers le haut, pour montrer la façon dont les enfants étaient obligés de tenir des livres lourds, puis il frappe dans ses mains).
Maxime : Si tu les laissais tomber, bang, la règle te frappait quelque part sur le corps. C'est comme ça qu'on nous traitait.
[Texte à l'écran : Un parcours partagé, Maxime Morin]
[Vue aérienne d'une rivière gelée, où un véhicule roule à toute vitesse sur la neige.]
[Maxime se tient sous un pavillon et regarde le paysage enneigé au loin.]
Maxime : [Parle michif.]
[Retour à Maxime qui parle à la caméra.]
Maxime : Je m'appelle Maxime Morin. Je suis un Aîné de la Nation métisse de la Saskatchewan et aussi de l'Île-à-la-Crosse.
[Des images aériennes de forêts et de lacs enneigés alternent avec des plans de Maxime qui parle à la caméra. Un drapeau métis flotte au vent.]
Maxime : Les gens étaient des trappeurs et des pêcheurs, ils se préoccupaient juste de savoir où se trouveraient les poissons, les lapins, les orignaux. C'est comme ça qu'ils pensaient avant.
[Une jeune fille pousse son vélo. On voit des bricolages d'enfants.]
Maxime : Enfants, nos parents et la communauté nous traitaient tellement bien!
[Retour à Maxime qui parle à la caméra.]
[La scène change, on voit un fauteuil roulant poussé sur un trottoir. La personne qui pousse le fauteuil porte un manteau orné du logo du Camp familial 2024 organisé par le Centre d'amitié de l'Île-à-la-Crosse.]
Maxime : Si quelqu'un avait besoin d'une maison, il n'avait qu'à le dire. Tout le monde venait l'aider à la bâtir.
[On pousse Maxime dans son fauteuil roulant. Des membres de sa famille marchent à ses côtés.]
[Retour à Maxime qui parle à la caméra.]
Maxime : Mon grand-père n'avait pas un sou, mais il avait du bétail. Il avait des poules, un grand jardin et plus de cent sacs de pommes de terre qu'il donnait aux gens de la communauté.
[Des drapeaux métis et du mouvement « Chaque enfant compte » flottent au vent.]
Maxime : Un jour, en 1974, le pensionnat a fermé ses portes. Les gens ont dit : « Je pense qu'il est temps qu'on reprenne le contrôle de notre système scolaire. » Et c'est ce qu'ils ont fait.
[On pousse le fauteuil de Maxime devant une grande école jaune et blanc. Le nom de l'école, « Rossignol Community High School », est affiché sur la façade.]
Maxime : Aujourd'hui, nous avons notre propre district scolaire. Ce sont des Métis qui enseignent. Ils enseignent notre langue michif et le cri.
[On voit les cloches d'une église. Une vue aérienne montre une croix sur le toit. Maxime est assis dehors et regarde au loin].
Maxime : Je pense à l'église et aux personnes qui y travaillaient. Parfois, je veux les haïr. Parfois, j'ai envie de dire : pardonnons-leur. Si on leur pardonne, peut-être qu'on se sentira mieux.
[Des photos anciennes et récentes de la famille de Maxime sont affichées au mur.]
Maxime : Et si on les déteste, on va porter ça toute notre vie. Qu'est-ce qui va me guérir? Qu'est-ce qui va guérir mes petits-enfants?
[Maxime est assis dans son salon avec une femme, les deux sourient. Dans une autre scène, on le pousse dans son fauteuil roulant tandis que des membres de sa famille marchent à ses côtés.]
Maxime : C'est pourquoi la réconciliation est importante. Certains ont du mal à comprendre ce que c'est. Ils pensent que c'est probablement juste un mot. Mais moi, je vois qu'il se passe quelque chose.
Maxime : Nous allons bâtir notre communauté, nos enfants le verront et feront pareil.
[Maxime et sa famille sont assis sur un banc et lisent une plaque commémorative. Au plan suivant, ils se sourient].
Maxime : Je ne sais pas combien de temps ça prendra, parce que si on garde ces sentiments en nous, la guérison sera longue.
[Maxime sourit à la caméra.]
Maxime : On doit pouvoir aller de l'avant et commencer à guérir.
[Texte à l'écran : Joignez-vous au parcours de la réconciliation à canada.ca/parcours-partage-réconciliation].
[Le mot-symbole « Canada » s'affiche].
Une communauté plus ancienne que le Canada
Sakitawak, le nom cri de l'Île-à-la-Crosse, signifie « là où les rivières se rencontrent ». Située entre deux bras du lac Île-à-la-Crosse, cette communauté est un point de rassemblement des peuples autochtones depuis des milliers d'années. « Nous sommes plus anciens que le Canada et que la Saskatchewan », dit fièrement Maxime.
Bien avant l'arrivée des marchands européens, Sakitawak était une plaque tournante pour les voyages, la traite et les échanges culturels entre les communautés autochtones. Son emplacement lui a permis de jouer un rôle central dans la traite des fourrures à la fin des années 1700, et elle demeure une communauté métisse dynamique où la langue, les traditions et les connaissances liées à la terre continuent d'être transmises de génération en génération.
Une tradition d'entraide communautaire
L'enfance de Maxime a été marquée par un mode de vie où primaient les liens familiaux, la terre et le partage. On cultivait des jardins en famille, on chassait en communauté, et les voisins s'unissaient pour bâtir des maisons et prendre soin des enfants. Cet esprit d'entraide le guide encore aujourd'hui. Il se souvient d'Aînés qui « n'avaient pas un sou », mais qui avaient un jardin, du bétail, des poules et de la nourriture à partager.
Expérience du système scolaire
Maxime raconte que comme ses frères et sœurs, il a été forcé d'aller à l'école catholique lorsqu'il était enfant : « ils ont dit à mon père et à ma mère : si vous ne les laissez pas partir, un d'entre vous devra aller en prison. » Il poursuit en précisant qu'à l'âge de 5 ans seulement, il a été séparé de sa famille et on lui a interdit de parler la seule langue qu'il connaissait. Il se souvient avoir demandé, en silence, pourquoi les personnes responsables de prendre soin de lui étaient si méchantes. Ces expériences ont laissé des séquelles profondes sur les élèves, les familles et la communauté, qui se font encore sentir d'une génération à l'autre, explique-t-il. « Pourquoi êtes-vous méchants avec nous? Vous ne nous aimez pas? », Maxime se souvient s'être demandé.
Reprendre le contrôle
Comme le raconte Maxime, l'incendie de l'école de l'Île-à-la-Crosse dans les années 1970 marque un point tournant. Les dirigeants de la communauté et les familles ont alors décidé qu'il était temps de reprendre le contrôle du système scolaire. La communauté a créé son propre district scolaire, a engagé des éducateurs métis et a commencé à enseigner le cri et le michif.
Le pardon, la réconciliation et la guérison
Quand Maxime raconte son histoire, il exprime avec franchise son tiraillement entre la colère et le pardon. Certains jours, il veut s'accrocher à la blessure, d'autres jours, il sait que le pardon peut libérer et permettre d'avancer. Pour lui, la réconciliation est une question de guérison, pour que ses petits-enfants n'aient pas à porter le même poids. « Si on ne pardonne pas pour aller de l'avant, dit-il, la guérison sera longue. »
Espoir pour les générations futures
Pour Maxime, la voie de l'avenir passe par le maintien du mode de vie et des valeurs transmis par les Aînés, comme le soutien mutuel, la fierté culturelle et la force communautaire. La guérison prend du temps, dit-il, mais elle progresse à chaque pas que nous faisons ensemble. « Nous allons bâtir notre communauté, nos enfants le verront et feront pareil », ajoute-t-il avec espoir.
Galerie de photos
Maxime Morin est un Aîné de l'Île-à-la-Crosse, connue en cri sous le nom de Sakitawak, ce qui signifie « là où les rivières se rencontrent ». C'est l'une des plus anciennes communautés de la Saskatchewan.
La ceinture métisse est un symbole de fierté, d'identité et de résilience. Elle est tissée à la main de façon traditionnelle avec de la laine de couleurs vives. Chaque couleur de la ceinture a une signification, représentant souvent des éléments comme le patrimoine mixte des Métis, leur lien avec la terre ainsi que les luttes et les triomphes de leur histoire.
Le violon métis est un mélange vivant de traditions musicales européennes et autochtones, et est souvent accompagné d'une gigue rapide. Depuis des générations, il rassemble les gens lors de danses et de célébrations et demeure aujourd'hui un fier symbole de la culture métisse.
Le Centre de services intégrés de l'Île-à-la-Crosse abrite l'école secondaire communautaire Rossignol, une clinique de santé et un éventail d'autres services communautaires.
La sœur du chef métis Louis Riel était une missionnaire catholique qui est décédée à l'Île-à-la-Crosse. Sur sa tombe, on peut lire : « Ici repose rév. sœur Marguerite Marie (Riel), décédée le 27 décembre 1883, à l'âge de 34 ans. »




