Préserver l'inuktut et la culture inuite : l'histoire de Leena
À première vue, Leena Tatiggaq Evic se distingue par son calme et sa voix posée. Mais derrière cette présence discrète se trouve une éducatrice, entrepreneure et arrière-grand-mère inuk déterminée, qui consacre sa vie à la revitalisation de la langue et de la culture inuites.
Transcription pour Préserver l'inuktut et la culture inuite
[Musique instrumentale]
[Leena Tatiggaq Evic étire une peau de phoque sur un cadre en bois. La scène se déroule à l'extérieur dans un paysage rocheux.]
Leena : Nos ancêtres, les Inuit, étaient les grands gardiens du savoir de cette région de la planète, l'Arctique. Ils étaient autosuffisants. Ils étaient autonomes.
[Leena marche vers la rive de l'océan et regarde vers l'horizon l'air pensif.]
Leena : Il y a une histoire qui explique notre situation aujourd'hui.
[Leena monte une colline rocheuse, se penchant à l'occasion pour cueillir des plantes sur son chemin.]
Leena : On s'est effondrés, non par choix, mais à cause du contrôle des autres et des mesures sévères qu'ils nous ont imposées.
[Leena est dans sa maison, assise à une table sur laquelle il y a divers objets inuits.]
Leena : Les grands gardiens du savoir se sont retrouvés enfermés entre quatre murs, sans mots à dire sur les décisions dans la nouvelle communauté dont ils faisaient maintenant partie. C'était comme si on avait été mis en sourdine.
[La musique instrumentale s'intensifie.]
[Leena se dresse devant un vaste paysage rocheux. La caméra passe entre elle, le terrain escarpé qui l'entoure et l'horizon éloigné.]
[Texte à l'écran : Un parcours partagé, Leena Tatiggaq Evic]
Leena [in inuktitut] : ᓖᓇ ᐃᕕᐅᔪᖓ, ᐊᑎᓪᓚᑦᑖᕋ ᑕᑎᒡᒐᖅ. ᐃᖃᓗᓐᓂ ᓄᓇᖃᖅᓴᔪᖓ ᐸᓐᓂᑑᕐᒥᐅᑕᔅᓴᔭᐅᓪᓗᖓ.
[Texte à l'écran : Leena Tatiggaq Evic, fondatrice et présidente du centre Pirurvik]
[La scène revient à Leena, assise à la table à la maison.]
Leena : Je m'appelle Leena Evic, et mon nom inuktitut est Tatiggaq. J'habite à Iqaluit, mais je suis originaire de Pangnirtung.
[De retour dans le paysage rocheux, Leena balaie du regard le paysage à travers une paire de jumelles.]
Leena : Un soir, j'ai fait un rêve frappant. J'ai vu toutes ces mains levées. Et pour moi, quand je rêvais, ça signifiait qu'il y avait beaucoup de besoins.
[Leena est à bord d'un bateau à moteur sur l'océan, regardant au loin.]
Leena : C'est pour ça que nous avons fondé le centre Pirurvik et le camp de base.
[Leena marche le long d'une rue principale à Iqaluit alors que le crépuscule s'installe, se dirigeant vers le centre Pirurvik.]
Leena : Ce serait un endroit pour la culture de la langue inuites, et j'ai ajouté le bien-être, parce que nous, les Inuit, essayons de nous relever après des années d'oppression.
[À l'intérieur du Centre Pirurvik, la scène dévoile des affiches éducatives sur lesquelles figurent des mots en inuktitut et un tupiq, une tente inuite faite de peau de phoque.]
Leena : Sans adultes qui parlent couramment, dans vingt ans, l'inuktitut perdra sa qualité, car la langue se perd. Alors, qui l'enseignera à nos enfants?
[Dans une salle de classe du centre Pirurvik, Leena prépare et allume le qulliq, la lampe à huile traditionnelle inuite.]
Leena : J'ai toujours défendu l'inuktitut, ma belle culture. On a le droit d'être éduqués dans notre langue. On a le droit d'acquérir des connaissances dans notre langue parce que, parfois, l'approche est très différente.
[Leena monte une colline rocheuse et regarde la ville d'Iqaluit.]
Leena : C'est pour ça qu'on fait ce qu'on fait. L'histoire du Canada a été à sens unique, et non à double sens. En résumé, on a besoin les uns des autres. On aura un meilleur Canada seulement quand toute sa population sera dans une meilleure situation.
[Leena regarde la caméra avec un sourire plein d'espoir.]
Leena : On veut que nos petits-enfants et nos arrière-petits-enfants vivent dans un monde qui les connecte à leur identité inuite, qui leur donne de la fierté grâce à la langue et à la culture.
[Texte à l'écran : Joignez-vous au parcours de la réconciliation à canada.ca/parcours-partage-reconciliation]
[Le mot-symbole « Canada » s'affiche.]
Regardez cette vidéo en Inuktitut : ᐊᑐᖅᑕᒃᑰᕐᑲᑎᒋᓐᖕᒐ | ᓖᓇ ᑕᑎᒡᒐᖅ ᐃᕕᒃ /
Grandir au rythme des saisons
Leena raconte ses premières années passées dans des campements autour de la baie de Cumberland, un grand bras de mer situé au large de l'île de Baffin, dans ce qui est aujourd'hui le Nunavut. Elle grandit dans un mode de vie traditionnel inuit façonné par les saisons. « Les cycles saisonniers nécessitent des connaissances et des compétences relatives aux saisons… C'est dans ce type de système que j'ai été élevée, ce qui m'a permis de connaître mon rôle au sein de ce cycle. »
Sur la voie de l'apprentissage
Dès son plus jeune âge, Leena est attirée par le monde qui se trouve au-delà de sa communauté, une curiosité qui l'amène à convaincre sa mère de la laisser s'inscrire à l'école locale de Pangnirtung. À cette époque, Leena ne parle pas un mot d'anglais et ne sait pas lire l'heure. Sa mère, qui se méfie du système scolaire, est hésitante à la laisser partir, mais la détermination de Leena finit par la convaincre. C'est ainsi que Leena entreprend son parcours dans le domaine de l'éducation, qui l'amènera du rôle d'aide‑enseignante à celui de cofondatrice du centre Pirurvik.
Un lieu de guérison et de croissance
Situé à Iqaluit, la capitale du Nunavut, Pirurvik (« un lieu de croissance » en inuktitut) est un centre unique en son genre qui se consacre à la revitalisation de la langue et de la culture inuites ainsi qu'à la promotion du bien-être des Inuit. Le centre accorde une grande importance à la guérison et à l'épanouissement personnel, offrant un espace de soutien où les Inuit peuvent se réapproprier leur identité, renforcer leur confiance et transmettre leur héritage.
Leena explique que « nous, les Inuit, essayons de nous relever après des années d'oppression », mettant ainsi en évidence à quel point les politiques coloniales ont profondément nui à l'identité, à la langue et à la culture inuites. « Notre monde inuit n'a plus jamais été le même, souligne-t-elle. Nous avons été arrachés à nos familles à un très jeune âge pour aller à l'école… des familles ont été déplacées… des chiens ont été abattus… Ces changements radicaux ont laissé des séquelles durables. Les grands gardiens du savoir se sont retrouvés enfermés entre quatre murs, sans mots à dire sur les décisions dans la nouvelle communauté dont ils faisaient maintenant partie. »
Apprentissage sur la terre
Seulement accessible par bateau à partir d'Iqaluit, le camp de base du centre Pirurvik est un élément essentiel du parcours d'apprentissage de tous les élèves. Chaque nouvelle cohorte commence son programme dans ce lieu, où les enseignements vont bien au-delà de la théorie. « Lorsqu'on est là-bas, on a l'impression de se rapprocher de nos Ancêtres… le vide qu'on ressentait depuis tant d'années semble en quelque sorte comblé… Pourquoi devrions-nous rester enfermés dans des bâtiments pour apprendre qui nous sommes, d'où nous venons? »
Nunavut : la promesse de l'autodétermination
Inauguré en 2003, le centre Pirurvik est à peine plus jeune que le territoire du Nunavut. Ce territoire a été officiellement constitué en 1999 à la suite de la signature de l'Accord sur les revendications territoriales du Nunavut, un traité moderne conclu entre les Inuit du Nunavut et le gouvernement du Canada. Cet accord, qui est le plus important règlement de revendications territoriales de l'histoire du Canada, a jeté les bases pour la création du Nunavut et reconnait les droits des Inuit à la terre, à la culture et à l'autodétermination. « On nous a promis un monde meilleur grâce au règlement de nos revendications territoriales, à la création de notre propre territoire, le Nunavut… comme s'il s'agissait d'une terre promise dont on avait envie de faire partie. Et c'est pour cette raison que je crois que nous devons participer à cette vision de la création d'un monde meilleur. »
Espoir pour l'avenir
Lorsque Leena songe à l'avenir, elle espère que les prochaines générations grandiront en étant fières d'être Inuit, de s'exprimer dans leur langue et de vivre leur culture au quotidien. À tous les Canadiens et Canadiennes, elle lance un message d'encouragement et un petit défi : apprendre, écouter et se tenir aux côtés des Inuit en tant que véritables partenaires. Comme elle le dit si judicieusement, « on aura un meilleur Canada seulement quand toute sa population sera dans une meilleure situation ».
Photo gallery
Leena vit à Iqaluit, la capitale du Nunavut, le territoire le plus jeune, le plus vaste et le plus au nord du Canada. La création du Nunavut en 1999 a été une étape déterminante pour permettre aux Inuit d'obtenir le contrôle sur leur territoire.
Pour Leena, la couture est un moyen de renouer avec ses racines et de transmettre son héritage culturel. La broderie et le perlage inuit sont depuis longtemps utilisés pour embellir les vêtements, et les motifs créés ont souvent une signification symbolique ou permettent de raconter des histoires.
Le programme Reclaiming the Whole Woman offert au centre Pirurvik est une initiative unique qui combine l'apprentissage de la langue inuite et du vocabulaire culturel avec l'acquisition de compétences pratiques, comme la couture. Le programme renforce l'autonomie des femmes en leur permettant de renouer avec leur héritage et leurs traditions, tout en leur permettant d'acquérir des compétences précieuses favorisant l'épanouissement personnel et le développement communautaire.
Source de chaleur et de confort, le qulliq était traditionnellement utilisé pour s'éclairer, se chauffer et cuisiner. Aujourd'hui, il est surtout utilisé à des fins rituelles. Les femmes inuites sont considérées comme les « gardiennes de la flamme »; elles sont ainsi responsables de l'entretien du qulliq, ainsi que de la préservation et de la transmission du savoir culturel.
Le phoque représente un élément essentiel de la culture inuite, et chaque partie de l'animal est utilisée, que ce soit pour se nourrir, se vêtir, fabriquer des objets ou se chauffer. Les femmes inuites traitent les peaux de phoque selon un processus qui prend des jours et qui comporte de nombreuses étapes minutieuses.
Selon le recensement de 2021, plus des deux tiers des habitants du Nunavut déclarent pouvoir s'exprimer en inuktut. L'inuktut est un terme général qui englobe l'inuktitut, l'inuinnaqtun et d'autres langues inuites. Dans la majeure partie du Nunavut, le système d'écriture le plus répandu est appelé l'écriture syllabique, comme le montre Leena dans la photo.
Au camp de base, les élèves du centre Pirurvik ont l'occasion d'acquérir des compétences pratiques traditionnelles et de renouer avec la culture et l'identité inuites. Leena explique qu'une grande partie de la culture inuite consiste à vivre dans cet environnement : « Il ne s'agit pas seulement d'apprendre de la théorie, mais aussi d'acquérir des connaissances et des compétences. Ce qui est merveilleux dans le fait d'être sur le terrain et d'apprendre à l'âge adulte, c'est que cela nous permet de renforcer et d'ancrer notre identité inuite. Lorsqu'on est là-bas, on a l'impression de se rapprocher de nos Ancêtres. On se sent comme une personne à part entière. »
Leena est vêtue d'un amauti, le manteau traditionnel des femmes inuites. Ce vêtement se distingue par sa grande capuche, qui est parfois munie d'une poche servant à transporter un bébé, et son long dos qui protège les jambes des femmes du froid de l'Arctique.
L'ulu est un couteau traditionnel inuit à lame courbe. Il est principalement utilisé par les femmes, qui s'en servent pour accomplir toutes sortes de choses, tant le dépeçage des animaux que la préparation des repas. Plus qu'un simple outil, il symbolise le rôle essentiel que jouent les femmes dans la vie des Inuit; souvent transmis de génération en génération, il permet de préserver les histoires familiales et culturelles.








