Retour aux sources et réconciliation : L'histoire de Xavier

Fier membre de la communauté abénakise d'Odanak, Xavier Watso se décrit avant tout comme un éternel optimiste, convaincu que chaque petit geste peut déclencher des vagues capables de changer le monde. Sourire éclatant, vêtements flamboyants, énergie contagieuse : tout en lui respire la joie de vivre et révèle une personnalité haute en couleur. Avec une aisance hors du commun, il aborde des sujets profonds en y insufflant humour et authenticité, arrivant à captiver son audience à tout coup.

Transcription pour Retour aux sources et réconciliation

[Musique instrumentale]

[Xavier Watso marche devant la Place des Arts de Montréal.]

Xavier : Ça voulait rien dire pour moi être autochtone. Je savais que je l'étais, mais j'avais aucun attachement à la culture puis aux traditions abénaquises.

Xavier : Dans mon enfance, j'ai rien vécu de ça, puis ça me manquait pas parce que je ne savais pas c'était quoi.

[Xavier est assis à l'intérieur et parle directement à la caméra. Derrière lui, de grandes poutres en bois sont ornées de dessins abénaquis détaillés.]

Xavier : La rafle des années 60, puis les pensionnats que ma grand-mère a vécus puis que ma mère a vécus, c'est des choses qui ont été créées pour justement faire qu'on la perde cette langue-là, cette culture, cette tradition, pour qu'on soit déracinés par exprès.

[La scène alterne entre Xavier marchant au centre-ville de Montréal et assis, parlant à la caméra.]

Xavier : Les Autochtones que tu rencontres aujourd'hui ont soit été en pensionnat ou connaissent quelqu'un de très proche qui a été en pensionnat. Ça fait juste 30 ans que le dernier pensionnat a fermé. Je suis né en 84. J'aurais pu être en pensionnat.

[Texte à l'écran : Un parcours partagé, Xavier Watso]

[Xavier marche maintenant dans un boisé, et les feuilles bruissent autour de lui.]

Xavier [En abénaquis] : Kwaï, nd'aliwizi Sapiel Wazo, nd'aln8ba8dwaw8gan, nd'aln8ba. N'wigi Odanak, kchi wliwni

[Texte à l'écran : Xavier Watso, Créateur de contenu, animateur et acteur]

[La scène revient sur Xavier assis, s'adressant directement à la caméra.]

Xavier : Bonjour, je m'appelle Xavier Watso. Je suis Abénaquis de la communauté d'Odanak.

[Un plan aérien survole la communauté d'Odanak, montrant des maisons, des arbres et une route principale.]

Xavier : J'ai grandi à Yamaska qui est juste à côté d'Odanak jusqu'à l'âge de 5 ans, puis après ça on a déménagé à Montréal.

[Xavier marche dans une rue tranquille d'Odanak, en direction d'une maison où est accroché un drapeau orange sur lequel est écrit « Every Child Matters ».]

Xavier : C'est plus tard, dans ma mi-vingtaine, que là j'ai réalisé qu'il me manquait une partie de moi-même. C'est là que j'ai fait des efforts pour reconnecter.

[Texte à l'écran : La maison de la grand-mère de Xavier]

[Xavier entre dans la maison de sa grand-mère. La caméra montre ensuite des panneaux de signalisation traduits en abénaquis.]

Xavier : Quand j'ai vu qu'il y avait des cours de langue abénaquise qui se donnaient à Montréal, c'était intrigant pour moi parce que la langue abénaquise était considérée pratiquement disparue. J'ai invité ma mère et mon frère à aller au cours avec moi puis ils ont dit oui, mais pourquoi pas, on va aller voir.

[La scène retourne à Xavier, assis et s'adressant directement à la caméra.]

Xavier : En entendant les mots de mes ancêtres, en entendant le mot de ma Nation, c'est là que j'ai réalisé que, oh, mon dieu, je ne me connais pas, il manque une part de moi-même, il y a une espèce de trou, un vide, que je dois remplir de cette culture, de ces traditions, de cette langue, de cette Nation.

[Xavier marche le long d'une rivière et sort son téléphone pour se filmer. Trois de ses vidéos TikTok apparaissent à l'écran côte à côte.]

Xavier : Alors j'ai commencé à faire des vidéos par rapport à ma langue. Je me considère un peu comme un prof sur les médias sociaux.

[La scène alterne entre Xavier s'adressant à la caméra, une vue aérienne de la rivière et un gros plan d'un panneau d'interprétation historique montrant la photo du presbytère d'Odanak en 1915.]

Xavier : Je parle souvent de la notion des 3 R. Le premier R, celui du respect ou de la reconnaissance. C'est important de respecter ce qu'on dit, de reconnaître les erreurs du passé, puis de nous écouter quand on parle.

[La scène alterne entre Xavier assis et un panneau d'interprétation historique montrant d'un chef abénakis.]

Xavier : Le troisième R, c'est celui de la réconciliation, parce que c'est ça qu'on veut atteindre.

[La caméra montre ensuite une vieille église].

Xavier : Mais il n'y a pas de réconciliation possible sans le R du milieu, qui est celui de la réparation. C'est important de trouver une façon de réparer ces erreurs du passé.

[Xavier marche dans Odanak. La scène passe à Xavier et 2 autres hommes qui jouent du tambour et chantent.]

[La musique de fond s'estompe, remplacée par le rythme du tambour et Xavier accompagné des 2 hommes qui chantent en abénaquis].

Xavier : Je me sens très privilégié, très chanceux d'avoir l'occasion de moi-même reconnecter avec ma culture, mes traditions, de redécouvrir puis redéfinir qu'est-ce que ça veut dire être Abénaquis pour moi, mais en même temps de pouvoir le partager.

[Xavier est de nouveau assis et s'adresse à la caméra avec de l'émotion dans la voix.]

Xavier : Mais c'est pas juste ça, c'est de voir mes enfants me regarder, ils sont fiers également. Je pense à ma grand-mère et à ma mère.

[Xavier marche aux côtés de sa mère et de son chien, en direction de la rivière. Ils sourient.]

Xavier : De les voir être heureuses que la langue, que les chants, que notre identité existent encore puis qu'elles se renforcent, c'est incroyable.

[La scène revient sur Xavier et les 2 hommes qui jouent du tambour. On voit ensuite Xavier marcher seul près de la rivière.]

Xavier : On a encore du travail à faire, mais il faut le faire ensemble. Il faut qu'on marche le même chemin puis qu'on trouve des façons de s'écouter puis de se respecter.

[Xavier regarde la caméra avec un sourire plein d'espoir.]

Xavier : Puis c'est de cette façon-là qu'on va réussir à se réconcilier.

[Texte à l'écran : Joignez-vous au parcours de la réconciliation à canada.ca/parcours-partage-reconciliation]

[Le mot-symbole « Canada » apparaît. ]

Un vide identitaire

Pendant une grande partie de sa vie, Xavier s'est surtout vu comme Québécois, connaissant peu ses racines autochtones. C'est que la rafle des années soixante n'a pas épargné sa famille, raconte-t-il : « Ma mère a reproduit un peu ce qu'elle a vécu… Elle a grandi en dehors de la communauté en famille d'accueil. Donc, pour elle quitter la communauté, aller vers la ville, c'est ce qu'elle avait vécu donc elle a reproduit ça ».

La rafle des années 1960 reste l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire du Canada : pendant plus de 20 ans des milliers d'enfants autochtones ont été arrachés à leur foyer, puis placés dans des familles d'accueil ou adoptés par des parents non autochtones. Ces politiques ont eu pour effet de couper des générations entières de leur langue, de leur culture et de leur identité, laissant des blessures profondes que beaucoup, comme Xavier, s'emploient aujourd'hui à guérir en renouant avec leurs racines.

Retour aux sources

Ce n'est qu'à la fin de la vingtaine, lorsqu'il a suivi ses premiers cours de langue abénakise à Montréal, que Xavier a ressenti un profond vide culturel. Cette prise de conscience l'a poussé à renouer avec sa communauté petit à petit.

D'abord, Xavier a accepté d'animer le pow-wow de sa communauté, Odanak, une occasion qui lui a permis non seulement de mettre à profit ses talents d'animateur, mais surtout de se rapprocher des siens et de ressentir l'amour et la fierté de la communauté pour ce qu'il devenait. Il a aussi rejoint le groupe de tambours les Flying Sturgeons, formé par son cousin, et a découvert la puissance de cette forme d'art traditionnel. Pour Xavier, ces expériences ont été autant de moments clés qui l'ont aidé à se redéfinir et à sentir qu'il appartenait enfin pleinement à sa Nation.

De la salle de classe aux réseaux sociaux

Enseignant de théâtre au secondaire pendant plus d'une quinzaine d'années, Xavier s'est tourné vers les réseaux sociaux à l'époque du mouvement Idle No More. « C'était en même temps qu'un espèce de réveil collectif des Autochtones sur l'île de la tortue », se rappelle Xavier. Il s'est vite rendu compte qu'avec les médias sociaux « on pouvait aller rejoindre des gens qu'on ne connaissait pas, mais qui avaient vécu les mêmes choses que nous. C'est très puissant chez les Autochtones aussi parce que justement on a été mis en réserve pour être éloignés, pour être séparés, pour être déconnectés ».

Ce qui avait commencé comme une forme de militantisme est devenu une nouvelle façon d'enseigner : grâce à ses vidéos dans les médias sociaux, il est passé d'une classe d'une trentaine d'élèves à un public de millions de personnes.

Le rôle des alliés

Aujourd'hui, Xavier utilise ces plateformes pour montrer avec fierté ce que signifie être Abénaki et aider les autres à mieux comprendre les réalités autochtones. Il rappelle toutefois que la guérison et la réconciliation ne peuvent pas se faire seules.

Pour lui, un allié est « quelqu'un qui écoute, qui nous respecte, qui reconnaît les torts du passé et sait qu'il reste du travail à faire. Quelqu'un qui ne prend pas notre place, mais qui se tient à nos côtés et nous soutient. » Les vrais alliés, souligne-t-il, veulent apprendre et n'essaient jamais de devenir autochtones plutôt que de marcher aux côtés des peuples autochtones.

Son souhait pour l'avenir est simple mais ambitieux : que sa communauté continue de faire vivre ses pratiques culturelles, que les prochaines générations grandissent fières d'être abénakises, et que tous les Canadiens et Canadiennes participent à ce cheminement. Comme il le dit si bien, la réconciliation ne peut réussir qu'en « marchant ensemble, en trouvant des façons de s'écouter et de se respecter ».

Galerie de photos

Xavier Watso a enseigné l’art dramatique au secondaire pendant plus d’une quinzaine d’années avant de se faire connaître comme créateur de contenu sur les réseaux sociaux. Il est aussi à ses heures animateur, conférencier, comédien et chroniqueur.

Le Musée des Abénakis présente des témoignages historiques et contemporains sur la culture abénakise. Inauguré en 1965, il a été la première institution muséale autochtone à ouvrir ses portes au Québec et occupe l’ancienne école catholique d’Odanak, en bordure de la rivière Saint-François.

Le tressage des paniers abénakis, réalisé à partir de frêne noir et de foin odorant, est un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération dans la communauté abénakise. À la fois utilitaires et artistiques, ces paniers reflètent la relation profonde du peuple abénakis avec la nature et la préservation de ses traditions.

L’Aln8ba8dwaw8gan (la langue w8banaki ou abénakise) appartient à la famille des langues algonquiennes, qui comprend aussi le cri, l’Innu et l’Anicinabemowin (l’algonquin). Xavier rappelle qu’elle était considérée comme presque éteinte au début des années 2000, conséquence directe de politiques coloniales qui ont arraché des générations entières à leur culture et à leur langue. Aujourd’hui, des initiatives communautaires (cours de langue, ressources pédagogiques, signalisation trilingue) contribuent à lui redonner vie.

Les maisons longues abénakises, construites à partir de perches de bois recouvertes d’écorce, pouvaient abriter plusieurs familles apparentées. Les fouilles archéologiques menées à Odanak ont permis d’en reconstituer l’architecture et de mieux comprendre leur rôle central dans la vie collective, révélant un savoir-faire parfaitement adapté au climat, aux ressources et aux traditions.

Depuis 2010, les panneaux d’arrêt à Odanak sont traduits en abénaki et, depuis 2023, il en va de même pour les panneaux indiquant les noms de rues. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des efforts de revitalisation linguistique de la communauté.

Le tambour abénakis, au cœur des pow-wow et des cérémonies, est bien plus qu’un simple instrument de musique : c’est un lien vivant avec les Ancêtres et un symbole de fierté et de résilience. Pour Xavier, chaque battement est un geste de transmission et d’affirmation culturelle, une façon de reprendre la place qui revient à son peuple.

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